Ma chère concentration

« C’est comme faire un puzzle, un Sudoku et un Scrabble en même temps. » Ian Noon


Ma charge mentale, pas celle de la maman, mais mon autre charge mentale, invisible elle aussi, celle qui est impactée par ma surdité.

Mon alliée de toujours…

Ma chère concentration qui me poursuit depuis mon enfance, qui m’a souvent bien fatiguée lors de ma scolarité et de mes études. Ma concentration que je retrouve tous les jours que ce soit sur le plan privé, professionnel ou social.

Ma chère concentration qui m’a découvrir les acouphènes dès l’âge de 21 ans et qui me les impose – encore aujourd’hui – quand je me suis trop concentrée sur les lèvres des autres.

Ma chère concentration que je dois comprendre, analyser… pour pouvoir l’adopter dans mon quotidien.

Ma chère concentration qui m’oblige à faire des pauses, à m’isoler quand j’en ressens le besoin.
Le besoin d’être au calme, de ne dépendre de personne, de me promener seule, de lire ce que je veux, de prendre soin de moi le plus souvent possible.

Je ne pourrais certainement pas tenir le rythme actuel sans ces pauses-là, sans la compréhension de mon entourage.

Les impacts sur moi

Ma chère concentration qui fait dire aux autres mes défauts / comportements inappropriés sans que je le veuille vraiment :

  • L. est chiante / fainéante / agressive.
  • Elle nous oblige à répéter / faire des efforts / articuler mais elle ne nous regarde pas tout le temps.
  • Elle est souvent fatiguée et pourtant, elle se couche tôt.
  • Elle est hautaine / distante, elle n’est pas sociable… etc.

Mais oui, je suis un peu de tout cela à la fois ! Je suis obligée d’assumer ces étiquettes sinon je ne pourrais plus dormir.

Longtemps, surtout quand j’étais petite, je ne pouvais me défendre et je trouvais cela injuste.
Je croyais aussi peut-être que c’était une partie de ma personnalité (forcément d’après les dires des autres !).

Ce qui m’a sauvée

Les gens me disent : Quand on te rencontre, on pense à tort que tu es comme ça, comme ci. Mais quand on apprend à te connaitre, cela n’a rien à voir.

Eh bien, merci…

Aussi ce détail. J’adore lire : cela m’a permis d’apprendre beaucoup sur moi, sur notre société… D’ailleurs, je vous avais parlé de ma bibliothérapie sur mon blog.

Plus on lit les témoignages des sourds ou de ceux qui les côtoient (entourages, spécialistes de la surdité…), plus on comprend que les sourds sont souvent affublés des mêmes étiquettes, que c’est la perception erronée des entendants qui nous jugent à partir de ces caractéristiques subtiles. Car ils ne connaissent pas les impacts de la surdité sur nos relations, nos attitudes…

Hélas, comme l’agressivité, la susceptibilité, la fatigue et l’isolement volontaire…
Et malheureusement parfois, cette perception nous façonne à tort, contre notre gré, le plus souvent inconsciemment.

Je partage avec vous, cet article expliquant très bien (en anglais) ce qu’est la fatigue de la concentration qui est spécifique chez les sourds, et comment cela les affecte au quotidien.

Les conversations de nos enfants entendants

Quand mes enfants, P’tit Loup et Tchipie, se parlent entre eux, j’imagine leur dialogue.
Je scrute leurs lèvres, leur expression de visage, leur comportement… J’essaie de deviner leur sujet de conversation. J’aime imaginer ce qu’ils se racontent, pourquoi ils se disputent.

Quand ils étaient plus petits, ils prenaient leur bain ensemble et j’adorais les regarder se parler, se chamailler dans leur bain. Je n’y comprenais pas grand-chose mais ils étaient très mignons à regarder (je ne suis pas du tout objective !). Je trouvais adorable leurs façons de se parler, avec leur visage d’enfant, leurs petites dents de lait.

Encore aujourd’hui !
Ma fille est très bavarde, parle à ses poupées, regarde les histoires des livres à ses doudous…
Mon fils plus discret sans doute avec ses jouets de grand frère, ses gadgets.
Je me surprends à les regarder jouer, à essayer d’entrer dans leur imagination.

Cela m’arrive aussi – quand je m’ennuie – d’imaginer les conversations de mes enfants avec leurs amis ou cousins. Je surprends quelques mots par ci, par là et je pars dans mon imagination en fonction de leurs jeux !

Parfois, par curiosité, je leur demande de quoi ils parlent. Ils pouffent de rire, ils me racontent (pas toujours, hein) leur conversation.

Et, je ne le dis pas pour m’en vanter… Assez souvent, c’est étonnant comme ce que j’avais imaginé dans ma tête se rapproche de la la réalité ! Et les autres fois, ça m’amuse de voir combien je suis à côté de la plaque ! 😉

Question d’enfant : pourquoi tu es sourde ?

photo prise à Lyon (place Bellecour)

ça y est ! Tchipie, ma fille de 5 ans, m’a posé la fameuse question !

Est-ce que parce qu’elle commence à se rendre compte du regard des autres ? Une fois, j’ai surpris une phrase sur la bouche d’une fillette au centre de loisirs où je suis allée chercher ma fille : ‘Ta maman, elle est toujours comme ça?
Je ne sais pas ce qu’a répondu ma fille mais je n’ai pas cherché à m’y incruster.
Si vous me suivez depuis le début du blog, vous savez bien que je ne veux pas forcer les enfants à m’en parler. Je ne leur en parle que si nécessaire ou bien quand ils me posent des questions en rapport avec la surdité.

Alors, ma fille m’a posé la question après son bain du soir. Mais attendez… Avant sa question, pendant que je la séchais avec une serviette, elle m’a parlé dans mon oreille, j’ai été surprise.
Je lui dis : ‘J’entends ta voix avec mes appareils mais je ne comprends pas. Je regarde ta bouche pour comprendre. Tu disais quoi ?
Alors elle a souri, un peu gênée je pense.

Et elle m’a posé la question : ‘Pourquoi tu es sourde ?’

Je lui ai dit que, une fois, j’étais très très très très très très très très malade quand j’étais petite et qu’après, je suis devenue sourde.
Ses questions s’enchainent : ‘c’est quoi le tuyau? c’est quoi dans ton oreille?’

Je lui explique en lui montrant les différentes parties de mon appareil auditif. La petite machine derrière l’oreille, le tube et l’embout. ça grossit sa voix et les bruits autour de moi. Si je n’ai pas mes AA dans mes oreilles, je n’entends rien et elle le sait très bien.

Car une autre fois, elle avait essayé de m’appeler pour me tester alors que je n’étais pas appareillée à ce moment. Ah la coquine!

Ensuite, elle m’a dit : ‘Il faut parler doucement avec toi. Pas vite.
Oui, c’est bien cela, ma Tchipie !

6 bougies pour mon blog

Photo utilisée pour mon 1er billet

6 ans ! Je me rappelle encore comme si c’était hier, quand je demande à mon mari ce qu’il pense du titre ‘Maman n’entend pas’ pour mon blog.

Maman n’entend pas, la fameuse phrase qu’on répétait souvent à mon aîné au fur et à mesure qu’il grandissait.

Il était loin aussi, ce temps où j’étais boulimique des billets, je publiais souvent et régulièrement des posts. Je propose de relire mon billet sur la source de mon inspiration

J’observais donc mon enfant aîné (plus tard, mes 2 enfants, P’tit Loup et Tchipie) et je puisais de l’inspiration dans mon quotidien (pas seulement dans ma vie privée). Je notais mes ressentis que je partageais ensuite avec vous sous forme de billets.

Plus le temps passe, moins j’écris. C’est vrai.
J’essaie de vous écouter, de faire réagir certaines personnes, de les faire réfléchir à notre situation, de répondre aux questions des entendants ou des parents sourds…
C’était comme si j’avais sorti tout ce qu’il y avait au fond de moi, mais pour moi, ce n’est pas fini !
Je n’ai jamais douté de mon blog, de votre fidélité depuis mon premier billet : ‘Pourquoi ce blog ?’
Et pourtant, je suis étonnée par le chiffre 6. Je ne m’attendais pas à ce qu’il dépasse les 5 ans.
J’espère de tout mon coeur que mon blog continuera à être lu encore quelques mois, voire quelques années.

Je suis vraiment heureuse que mon aventure continue avec vous et grâce à vous, 6 ans après. Merci infiniment !

Les copains de mon fils connaissent aussi des signes

Pour les 9 ans de P’tit Loup, on a organisé son anniversaire avec ses copains comme chaque année depuis ses 5 ans… Moi qui crains à chaque fois de ne pas comprendre ses nouveaux amis qui, souvent, ne me connaissent pas.
Plus les enfants grandissent, plus c’est simple Continuer la lecture

Virginie, pas seulement coach mais aussi maman !

Virginie, vous la connaissez un peu ou pas du tout.  On l’a découverte dans un magnifique documentaire diffusé l’été dernier sur Arte ; parfois, on la voit dans des vidéos sur les réseaux sociaux ou à la TV.
D’ailleurs, je la connais. On s’est rencontrées quand on était étudiante, grâce à Continuer la lecture

J’ai appris l’alphabet de la LSF à mon fils

En général, quand je ne comprends pas P’tit Loup, il épelle de cette façon: il écrit séparément les lettres dans l’espace. Un jour, déclic ! je lui ai proposé d’apprendre l’alphabet de la langue des signes, il était tout content. Plusieurs fois, j’en ai parlé avec mon aîné de 8 ans et demi, ou alors il me demande de nouveau de le lui apprendre. Comme pour tester sa motivation qui est toujours intacte.

La dactylologie est l’alphabet de la Langue des Signes Française. C’est une méthode d’épellation avec une seule main (dans d’autres pays, cela se fait parfois avec deux mains). Généralement de cette façon : main à hauteur de l’épaule et paume vers l’interlocuteur.

la dactylologie de la LSF

Alors, pendant les vacances de Noël, on en a reparlé une énième fois. On s’y met tranquillement et dans un coin calme dans le salon. Au fur et à mesure qu’on avance dans l’alphabet, je le fais entraîner, répéter les lettres jusqu’à ce qu’il s’en souvienne bien.
Arrivé à la lettre R, il me dit qu’il ne veut plus continuer mais je le connais, je lui dis que l’on doit arriver jusqu’au bout et être capable de répéter tout l’alphabet sans se tromper. Comme ça, il n’aura plus besoin d’apprendre à nouveau l’alphabet. Alors, bien sûr, quand on a fini de l’apprendre en entier, il est tout content !

Aujourd’hui, quand il épelle le mot que je ne comprends pas sur ses lèvres, par réflexe, il commence à dessiner les lettres dans l’espace, puis il se rappelle la dactylologie, alors il recommence avec ses doigts!

Pour l’instant, je suis contente. Lui aussi, il me semble.

Pour Tchipie, quand elle atteindra l’âge de savoir épeler des mots, je le lui proposerai également.

Et vous, à quel âge l’avez-vous appris à vos enfants ? Vos enfants vous l’ont-ils demandé spontanément, ou bien leur avez-vous parlé vous-même de la dactylologie?

Bilan 2018 et nouvelle année 2019

Plus que quelques heures avant la nouvelle année. Je peux encore faire mon bilan 2018 et j’y tiens !

6 billets en 2018 contre 13 l’année dernière… comme vous le savez, à cause du changement de l’environnement professionnel qui m’a pris beaucoup d’énergie. J’ai aussi appris à reprendre confiance en moi au travail, en ma nouvelle équipe après avoir eu des années difficiles sur mon ancien poste.

J’avoue aussi que j’écris beaucoup à côté du blog. Pour l’instant, j’écris pour moi. Peut-être, un jour, je partagerai cela avec vous…

Côté famille… Tchipie 4 ans chez les moyens et P’tit loup 8 ans en CE2. Comme ils grandissent ! mon mari et moi ne finissons jamais d’apprendre avec eux et d’eux. Ils aiment l’école pour apprendre et jouer avec leurs copains. Surtout, ils se chamaillent beaucoup. J’avoue que j’adore les observer en train de se parler entre eux, de papoter de je ne sais quoi. Je les trouve tellement mignons, je ne veux pas les interrompre. Bien sûr, ça me renvoie à ma propre enfance avec mes frères, cousins et amis quand nous étions enfants.

Que leur innocence soit préservée encore quelques années… Ce que je leur souhaite, ce que je nous souhaite, ce que je vous souhaite, c’est tout simplement une année remplie de petits bonheurs au quotidien, qu’il faudra saisir à tout moment et en profiter en famille, avec des amis et au travail.

Pour finir en beauté ce mot, je vous souhaite une excellente année 2019.