La violence ordinaire au travail

source : surdicité

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Alors si j’en parle, c’est d’abord parce que c’est de nouveau la Semaine pour l’Emploi des Personnes Handicapées… mais aussi parce que, en octobre dernier, j’ai assisté aux 1ères Assises nationales de l’inclusion professionnelle et de la diversité – Sourds et Entendants au travail, organisées par la Fédération Nationale des Sourds de France. Le sujet promettait d’être passionnant, alors j’y suis allée avec des amies sourdes également curieuses. J’avoue que depuis que j’y ai assisté, je me pose beaucoup de questions sur mon intégration professionnelle… Mais dans ce billet, comme je ne peux pas parler de tout, je vais me focaliser sur cette violence au travail. Je pense pour ma part, que c’est très important d’en parler ou de commencer à en parler dans les entreprises.

Malgré la loi 2005 votée pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, «beaucoup de sourds continuent à vivre des situations d’exclusion et de souffrance au travail» (nous le savons car nous l’avons tous plus ou moins vécu, je pense). Le groupe de travail de la FNSF a donc réfléchi sur ce sujet pendant 3 ans et, au final, ils ont sorti le rapport très détaillé sur la base de 200 témoignages, «Sourds et entendants au travail : Diagnostics et préconisations» pour prévenir les salariés sourds ou malentendants des discriminations, de la violence ordinaire au travail mais aussi pour «favoriser [leur] meilleure participation dans l’économie et dans les entreprises».

Donc dans ce billet, je vais particulièrement parler de la violence ordinaire au travail car c’est tabou chez les sourds. En tout cas, moi, je n’en parle pas aisément autour de moi ni à mon travail… Dans ce rapport, 3 niveaux de violence ont pu être relevés (cliquez ici pour accéder au chapitre concerné) : devinez jusqu’à quel degré de violence j’ai pu atteindre dans ma carrière….? Et vous ? Je pense que, après avoir lu tout ça, cela vous fera aussi réfléchir…

Etant donné que le visuel est important chez les sourds, ils sont plus sensibles au langage du corps qu’aux sons. Ils attachent donc beaucoup d’importance aux (micro-) expressions faciales, aux attitudes et aux gestes qui peuvent paraître anodins. Dans le cadre professionnel, si ces expressions sont maladroites ou si les décisions sont prises face aux sourds sans prendre en compte leur avis, elles sont fréquemment associées à des formes de sanctions ou à des marques de mépris. Cela constitue un premier niveau de violence.

Par ailleurs, un salarié sourd n’arrive pas à suivre une conversation dans n’importe quelle situation (réunion, discussion à plusieurs au bureau… et même lors d’un déjeuner qui est un moment de détente, un moment convivial, un échange informel entre collègues). Ses collègues, même de bonne volonté, peuvent avoir des attitudes inappropriées involontaires ou de mauvais réflexes. Mais ces attitudes peuvent être négatives aux yeux de ce salarié sourd, qui par conséquent peut être amené à des réactions négatives face aux collègues.
Parmi de nombreux exemples, en voici quelques-uns souvent rencontrés dans le quotidien des salariés sourds :
1) Des salariés en discussion refusent de répéter ce qui se dit à leur collègue sourd, sous prétexte que « ce n’est pas intéressant », « ce n’est pas important » : Il est décidé à la place du salarié sourd qu’il ne profitera pas de ces discussions. Le sentiment qu’a alors le salarié sourd, est qu’on l’infantilise et qu’on ne lui permet pas d’être sur un même pied d’égalité, de juger par lui-même de l’intérêt ou non d’un sujet de discussion.
2) Les entendants ont souvent tendance à raccourcir le contenu des discussions. Le salarié sourd voit bien que la discussion est plus longue que son résumé. Dans ce cas, comment peut-il prendre part à une discussion dans laquelle il a un rôle professionnel à assumer ? Impossible tant qu’il ne peut accéder aux échanges réellement tenus. On peut comparer cela aux mathématiques : donner un résultat d’équation sans expliciter le détail du calcul. Le sentiment de frustration, de dévalorisation et le manque de confiance en soi ne font que croître ou s’aggraver.
Dans tous ces cas, la réaction du salarié peut alors paraître agressive. Il est perçu comme fragile, impatient, asocial, en proie à de mystérieux agacements ou signes de colères. Ce type de situation constitue en effet un deuxième niveau de violence vécue par les sourds.

De manière générale, du point de vue de l’entourage, « si des salariés craquent, c’est qu’ils n’ont pas su, ils n’ont pas pu s’adapter » (en l’absence de moyens), « ils n’ont pas conservé la maîtrise d’eux-mêmes, trouvé les mots, sollicité de l’aide. Leur échec est, pour eux comme pour les autres, un signe d’incompétence. C’est un troisième niveau de violence, car il est associé à l’absence de personnes compétentes pour résoudre ces difficultés, les exprimer et les analyser. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle peut se répéter, le risque est toujours là ».

À un moment donné, ces sourds n’arrivent plus à être compétents car devant ces violences cumulées au cours de leur carrière (de plusieurs mois à plusieurs années), ils finissent par être démotivés, saturés, ne peuvent plus faire des efforts pour s’impliquer dans le travail… Il ne s’agit pas de mauvaise volonté.

2 réflexions au sujet de « La violence ordinaire au travail »

  1. girot

    Bonjour,
    je suis une jeune femme de trentenaire et malentendante.
    j’était dans une grosse entreprise que j’ai vécu pendant 11 années.
    au début les 5 premiers année cela passais dans l’inconscience et pas mal de révolte durant ces année je me suis calmée car à tout moment ils peuvent me virée pour cause de mon comportement.
    jusqu’au jour je me suis tombée dans la dépessions qui m’as coutée ma confience en soi. comme quoi cette de boite me demande d’être meilleur et là même fille du premier jour et de ne pas écoutée des conversation des autres car tu ne pourra pas répéter donc je boss dans le silence c’est la chose la plus dure que je peux ressentir et le pire de ressentit démunie.
    aujourd’hui je suis liciencier pour économoque et je suis de retour à la caisse départ au formation que je puise continue évoluer voir des différences personnes qui me rend chaque matin le sourire de se levée.
    ma définition ma pastience paye un jour d’être heureuse.
    PS: attention j’ai pas mal de faute d’ortographe.
    bisous à tous et battée vous .

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    1. Laure Auteur de l’article

      Merci pour ton message qui me touche… Je suis heureuse de voir que vous avez trouvé un chemin qui vous rend un sourire. en effet, bosser dans le silence alors qu’on a besoin d’un contact humain, cela, personne ne le comprendrait et je suppose que cela arrive à plusieurs personnes sourdes ou malentendantes. les préjugés ont la vie dure. essayons de les combattre tous/toutes ensemble ! merci encore pour ton témoignage :-)

      Répondre

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